Alissone Perdrix


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Recherche Maraîchage Création
du 15 au 19 Septembre 2025
Ferme de Marconville (60) chez Delphine Lucas-Leclin et Loïc Boulanger
Un projet porté par Fabienne Flambard et Alissone Perdrix

Education en milieu boueux
Ce workshop s’inscrit dans le programme de la troisième année de licence d’arts plastiques de l’Université Paris VIII. En septembre 2025, notre atelier de pratique artistique a eu lieu chez Delphine Lucas-Leclin et Loïc Boulanger à la Ferme de Marconville, située à Villers-Saint-Barthélemy (Oise).
C’est avec plaisir que nous retrouvons cette exploitation maraîchère qui avait ac- cueilli, en septembre 2022, notre premier atelier hors les murs. Nos ateliers situés
se sont depuis multipliés dans des milieux ruraux (Saint-Clément-Les-Places dans la région Lyonnaise, chez Murielle Romeira (feutrière) et Benoît Ronzon (maraîcher et éleveur) ; dans des milieux ouvriers (Usine Bernard Controls à Gonesse ; Manufacture à Montceau-Les-Mines ) et dans les EHPAD et les Résidences Autonomie de la Seine-Saint-Denis.
À la Ferme de Marconville, notre projet est partagé par nos maraîcher·es qui placent l’humain au cœur de leur pratique quotidienne.
Si l’expérimentation constitue l’axe pédagogique de nos ateliers, nous
posons comme préalable à celle-ci une conscience du concept de praxis : ce «faire» en commun dans lequel chacun est visé comme agent du développement de son autonomie et de son émancipation. En cherchant à dépasser la seule transmission mécanique de ce que nous savons (ou croyons savoir), nous cherchons à
éviter la résignation passive et les gesticulations dociles. En ouvrant nos situa- tions pédagogiques à une conscience du collectif et une prise en compte du milieu nous reposons chaque fois les nécessaires indéterminations, contradictions et humilité du travail éducatif.
Si l’atelier situé ouvre à l’expérience donc au lâcher-prise, il sollicite un vivre en- semble impliqué dans un monde vivant. Enseignantes et étudiant·es destitué·es des places et des rôles institués se trouvent d’emblée sur le même terrain boueux. Ici, les images maîtrisées par les discours tenus, le contrôle des dispositifs de cours, ou encore les relations intériorisées, se trouvent tout à coup mis en ques- tion au regard d’un réel que nous prenons de plein fouet. Sous le soleil, sous la pluie, les pieds dans la boue, courbé·e vers le sol, le sécateur à la main, chacun·e mesure le confort de sa vie quotidienne à côté de celle de nos paysan·nes. Les responsabilités tournent, les initiatives fusent, l’entraide surgit avec évidence.
Le programme de travail et de recherche s’est construit tout au long de la semaine avec l’ensemble des participant·es. Les matinées ont été consacrées à la pratique du maraîchage. Après l’épreuve des nuits fraîches et humides puis le réconfort d’un petit déjeuner préparé à tour de rôle, à 8h30 tout le monde enfile les bottes et
les gants pour aller battre la campagne : dégommer, récolter, désherber, cueillir, ra- masser, entasser... jusqu’à en avoir plein
les bottes ! Éprouver une vie paysanne oblige la redécouverte de son corps, ses limites et ses pouvoirs.
Les après-midi furent dédiées aux expérimentations plastiques, vécues comme
la poursuite du travail du matin, sans cloisonnement entre les deux. Chacun·e a cherché à situer ses expérimentations ; le sens de celles-ci a été co-construit dans le contexte de leur émergence. Chaque acte ou production réalisé garde en creux la manière dont chacun·e est affecté·e par la situation.
Tous ces possibles offerts durant ces quelques jours rendent caduques les idées toutes faites et renforcent une approche de la recherche comme “pratique impliquée dans un milieu”.
L’expérience n’aurait pas été vraiment complète si Souad Deiva ne nous avait pas accompagnés dans cette aven- ture. Souad a concocté chaque atelier culinaire avec un petit groupe d’étudiant·e, leur apprenant comment couper, cuire, marier et assaisonner les légumes récoltés le matin. En nous offrant son temps et son expérience, tout le monde a pu ressentir les liens explicites entre se nourrir, vivre, cultiver et partager.
En réalité, parce que nous prenons conscience qu’une formation à la création impose des contraintes, des ressources, des obstacles et des contra- dictions, nous venons les chercher là où la vie ne se scroll pas sur un écran.